Compteur Linky : une promesse fallacieuse signée Enedis

Linky : ce petit nom sympathique n’aura pas été suffisant pour rassurer la population face à un éventail de maux potentiels. Enedis, filiale d’EDF chargée de la gestion et de l’aménagement de 95 % du réseau français de distribution d’électricité, maintient ses objectifs et compte remplacer 35 millions de compteurs électriques par ces appareils « communicants » d’ici 2021 et ce, malgré une multiplication flagrante de controverses.

Enedis en quête de bénéfices

Le Rapport public annuel 2018 de la Cour des comptes* a de quoi ravir les opposants du compteur Linky. Un programme jugé inefficace, porté par un « dispositif coûteux pour le consommateur mais avantageux pour Enedis ». L’entreprise prévoit d’avoir remplacé les 39 millions de compteurs du territoire français d’ici 2024, un programme onéreux dont les coûts globaux devraient s’élever à 5,67 milliards d’euros. Bien que la filiale d’EDF ait annoncé que l’investissement ne sera pas répercuté sur les factures des consommateurs, la Cour des comptes dénonce « un financement assuré par les usagers » et un « différé tarifaire au coût excessif ». Les factures d’électricité des français en témoigneront à partir de 2021. Il semblerait que l'on assiste à une escroquerie déguisée, une excellente affaire pour Enedis qui devrait empocher 500 millions d’euros. Des « conditions de rémunération avantageuses » selon le rapport de la Cour des comptes qui surenchérit en déclarant : « Les gains que les compteurs peuvent apporter aux consommateurs sont encore insuffisants. Ce sont pourtant eux qui justifient l’importance de l’investissement réalisé. »

*Rapport public annuel 2018 de la Cour des comptes p. 243 à 287

Aucune valeur ajoutée pour le consommateur

Une maîtrise avancée consommations est l’un des arguments majeurs de cet investissement. Toutefois, contrairement à ce qui est annoncé, une meilleure compréhension des factures ne sera pas au rendez-vous pour les usagers. Toujours selon la Cour des comptes, les « moyens mis en place pour permettre à l’usager de connaître sa consommation détaillée, préalable à tout action de maîtrise de la demande d’énergie, sont insatisfaisants. »

D’après Michèle Rivasi, députée européenne, membre d’Europe Ecologie Les Verts, le compteur Linky n’apporte aucune valeur ajoutée au consommateur et « ne respecte pas la directive européenne de 2009 qui demande le déploiement d’un compteur permettant la participation active du consommateur ». A cela s’ajoutent un réel défaut d’information au moment de l’installation (parfois bâclée d’ailleurs, comme le montrent plusieurs cas d’incendies) mais également un manque de communication de la part de l’Etat. Rien de tel pour attiser la rébellion ! L’impopularité du compteur Linky a même donné naissance à sa journée de mobilisation nationale le 5 mai 2018. D’autre part, le 8 mars 2018, L’Union fédérale des consommateurs—Que choisir appelait à « refuser de payer pour Enedis ».

Compteur Linky : des risques sanitaires bien présents

La technologie CPL (courants porteurs en ligne) utilisée par les compteurs Linky se caractérise par une transmission de données par radiofréquences de 75kHz. Ces ondes électromagnétiques sont considérées comme potentiellement cancérogènes par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), affilié à l’OMS (Organisation mondiale de la santé).

Ces fréquences émises par les compteurs Linky s’ajouteront aux rayonnements électromagnétiques des appareils domestiques. La différence est que l’on peut éteindre son ordinateur ou son téléphone portable si on le souhaite alors que l’activité du compteur Linky ne cesse jamais. Enedis impose ainsi une exposition additionnelle aux radiofréquences nocives pour notre santé. Ce nuage d’ondes dans lequel on vit ne fait que s’intensifier avec un surplus d’objets connectés, que ce soit dans les lieux publics ou privés. Face à un nombre croissant de personnes électro-hypersensibles, le sujet de l’impact sanitaire des ondes électromagnétique est de plus en plus abordé par les scientifiques. Il faudrait ainsi trouver des solutions pour diminuer ces ondes et non pas les multiplier.

Par ailleurs, l’Anses a publié en juin 2016, un rapport d’expertise* concernant l’exposition aux radiofréquences et la santé des enfants, mettant en avant « des effets possibles sur les fonctions cognitives et le bien-être », recommandant un usage modéré et encadré de ces technologies. Encore une fois, il est tout à fait possible de limiter son utilisation d’objets personnels connectés tandis qu’Enedis ne nous laisse pas le choix avec le compteur Linky.

*Rapport d’expertise de l’Anses 2016 : Exposition aux radiofréquences et santé des enfants

Un manque flagrant d’études scientifiques

Dans son avis de 2016 sur le compteur Linky*, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) n’a pas conclu à sa non-dangerosité en raison d’un manque de données. Selon ce rapport d’expertise, les études expérimentales et épidémiologiques sont, à ce jour, insuffisantes concernant l’impact sanitaire des ondes électromagnétiques des compteurs communicants.

« En raison de l’accroissement de l’exposition au rayonnement dans cette bande de fréquences, il est important d’entreprendre de nouvelles études, et ceci particulièrement pour des expositions chroniques de faibles puissances permettant de confirmer la bonne adéquation des valeurs limites.

On note également quelques publications mentionnant des effets sur des systèmes cellulaires en division, qui mériteraient d’être poursuivies.

Eu égard au faible nombre de données, il persiste une zone d’incertitude qui empêche de proposer des conclusions définitives. Il apparaît donc nécessaire de réaliser des études épidémiologiques et des recherches in vitro et in vivo, dans cette bande de fréquences, portant en particulier sur la reproduction et le système nerveux. »

*Rapport d’expertise de l’Anses, 2016: Exposition de la population aux champs électromagnétiques émis par les « compteurs communicants »

Une grave atteinte à la vie privée

Plusieurs contrôles de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), dans le but de vérifier la conformité du compteur Linky à la loi Informatique et Libertés, ont révélé que le consentement des usagers au traitement de données personnelles n’était « pas libre, éclairé et spécifique ». S’en est suivie une mise en demeure du fournisseur Direct Energie* pour « absence de consentement à la collecte de données de consommation » provenant du compteur Linky.

Ces boîtiers communicants donnent aisément accès au profil des usagers en surveillant en temps réel leurs consommations électriques avec une précision qui permet d’avoir connaissance de chaque appareil électrique utilisé dans le foyer. Des données qui, il faut bien le dire, valent cher et sont plus qu’alléchantes pour cibler des offres commerciales. De quoi se demander si les distributeurs d’énergie n’utiliseront pas ces informations à mauvais escient, contre les souhaits des consommateurs.

*CNIL : mise en demeure de Direct Energie pour une absence de consentement concernant les données issues du compteur communicant LINKY

Une installation forcée tout à fait légale

A ce jour, 872 communes ont refusé l’installation des compteurs Linky. Toutefois le Ministère de l’Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales a indiqué que « les délibérations prises par des conseils municipaux s’opposant au déploiement des compteurs Linky n’apparaissent pas fondées en droit. » Le ministère a d’ailleurs envoyé des directives aux préfets afin de leur indiquer que ces délibérations sont illégales. Les préfets ont donc le pouvoir de saisir les tribunaux administratifs pour suspendre les délibérations après jugement.

On assiste ainsi à un extraordinaire vol collectif à destination d’une entreprise privée, avec un dispositif probablement dangereux pour la santé et qui porte atteinte à la vie privée. Et tout ça, avec l’aval de l’Etat. De quoi se poser un certain nombre de questions sur cette illusion de démocratie dans laquelle nous vivons aujourd’hui. 

Rejoignez Skōp, c'est gratuit!

Le magazine collaboratif qui vous paye pour écrire, voter & partager.

  • Aucune publicité pour les donateurs
  • Auteurs rémunérés par les dons des lecteurs
  • Contenu exclusif et personnalisé
  • Publication facile de tous vos écrits