Clouer l’ouest - Séverine Chevalier.

« Clouer l’ouest » - Séverine Chevalier.

Éditions La manufacture de livres – collection Territori

Encore un livre de chez Pierre Fourniaud, avec Cyril Herry aux manettes.

Bon.

Si t’as lu le texte de Monsieur Bukowski, tu vas comprendre.

Écrire avec ses tripes, c’est difficile. C’est difficile, mais quand tu y arrives, c’est juste magique.

Parce que le lecteur, tu l’éparpilles pas (comme disait Raoul).

Quand tu l’as accroché, il te suit jusqu’au bout de l’histoire où tu l’emmènes.

L’histoire, c’est celle d’un retour. Pas celui de l’enfant prodigue. Sûr que non. Le retour du fils qui est parti, il y a longtemps. Il a tout brûlé. Sa vie d’abord, et d’autres choses encore, mais comme d’hab, je te dis pas.

Vingt ans.

C’est long, vingt ans. T’as le droit d’espérer que les choses ont changé. Que le plateau de Millevaches, même s’il a le rôle principal du film, tu vas faire qu’y passer pour récupérer deux ou trois choses.

Et puis tes souvenirs aussi.

Mais Karl, il a plus rien.

Sa fille, Angèle, mais elle parle pas. Il l’a laissée quand il est parti. Mais il l’aime. Il l’aime grand comme ça.

Karl, il veut juste accrocher des rideaux à ses fenêtres.

Le vieux, Doc, c’est pas un père facile. Une espèce de Pater Noster médecin qui chasse et qui tue. Une brute. Celui sans doute par qui tout est arrivé. Celui par qui tout peut arriver.

Puis, y a l’indien. Le frère. Un taiseux.

« Il n’a jamais autant parlé, il pense, peut-être parce qu’il a l’impression qu’elle entend parfaitement ce qu’il tente d’exprimer avec des mots. Il a l’intuition qu’elle comprend aussi entre les mots, et derrière, et dessous, alors il les pose soigneusement, comme des balises, pour explorer et partager un territoire. »

Des allers vers le présent, des retours vers le passé.

Des rêves. Juste des rêves.

Tu comprends au fil de ta lecture que ce qui existe aujourd’hui, le drame que tu vois approcher, il s’est mis en place il y a longtemps.

Tu comprends que Séverine Chevalier c’est une nana qui écrit parce qu’elle a pas le choix. Quand t’as des choses comme ça à l’intérieur de toi, faut les laisser sortir. Des mots simples qui disent les maux. D’une simplicité tellement désarmante que tu comprends aussi que ce qui dit Bukowski, ça concerne très peu d’écrivains.

Elle en fait partie. Elle fait partie de ces auteurs qui laissent s’envoler la prose vers la poésie.

J’y connais que dalle en poésie, mais là, j’ai pas eu le choix.

Tu vas le commencer, et tu vas pas pouvoir le lâcher.

T’es prévenu.

Une dernière chose, pour finir de te laisser sur ta faim :

« Mon frère et moi avons posé nos mains sur les leurs, et il y a eu ces quatre mains blotties comme de petits animaux sur la table, dans le silence. Et l’ombre d’autres mains, peut-être, sous le figuier.

Aujourd’hui, je me demande si ce sont vraiment les mots, qui sont importants. »

Tu vois ce que je veux dire ?


Nicolas Elie

J'écris, je lis, puis j'écris...

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