Cave Caven

Le chien est la prothèse sentimentale la mieux adaptée à quelques-uns de nos manques modernes. Il s’emboîte parfaitement dans l’humaine solitude comme un cœur d’artichaut écologique et artificiel.

L’opération est douloureuse. Juste ce qu’il faut, nous y sommes précocement préparés. On passe des amours fratricides au Setter irlandais… quelques cicatrices rougeaudes, c’est tout… et souvent superficielle… de ci, delà… maladroites… tout juste quelques tranquillisants et hypnotiques. De l’esthétisme neurologique. Une bagatelle… un caprice…

Du ravalement de synthèse.

Au bout des années, l’animal a rangé ses rêves de prairies, enterrés avec ses os, sous sa gamelle Fidelio. La patte traînante, il prend les allures voûtées des complices muets à perpétuité. Sa laisse est pendue dans le couloir - qu’il réclame à chaque promenade… du museau… de la queue - comme une mort lente. On n’éjacule plus. Ou alors, par inadvertance… mégarde… étourderie…

…frottements inconsidérés...   

Près de l’enfant, le chien retrouve un peu de fraternelle animalité, son système nerveux central ludique.

Même si sa queue s’allonge à force d’être empoignée, même s’il sert de cheval aux oreilles mille fois martyrisées, d’adversaire de catch ou de bébé indiscipliné. Et même…

Le dialogue est de la même langue, la même origine… la même passion de grandir en jouant le jeu… dans un sacré nom de dieu de bordel de jeu de quilles.

En Asie, le chien est une paire de côtelette sur pattes, décharné, asséché. Il ne gambade pas, il rampe, l’œil vitreux… affamé de tout… jusqu’à n’être plus obsédé que par l’acte de manger. Le jeu d’échecs d’un monde partagé entre l’avaleur et l’avalé, le mâcheur et le mâché. Toujours le même vainqueur.

Le broyeur d’os et l’os broyé.

Toute autre stratégie reste inutile. La tête plus basse que la température est haute. L’affection qu’on lui porte est une pluie de pierres… ou l’assurance d’être le plat principal et de choix d’un repas de  famille…

Dans les laboratoires, le chien ne vit qu’une fois. C’est pour cela qu’il est nombreux. C’est pour cela qu’il hurle à la mort. Se voyant sans cesse cadavre dans les jappements, les agonies et le corps mort de ses autres compagnons de cages. Jusqu’à son tour de donner sa vie, sans comprendre, sa jeunesse et ses impatiences de chiot à la Sciences reconnaissante… ignorant de tout sauf de la grande inquisition des blouses blanches.

Seul… enfin… libre… dans sa prairie rêvée… dans les courses promises à ses muscles… il arrive… comme l’homme… qu’il s’enivre...

Samedi soir, il est entré dans la bergerie.

Les gendarmes le recherchent vainement.

Dimanche matin, le berger découvrit sur la paille sanglante, le paquet de cadavres de ses bêtes : 271 brebis égorgées.

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