Candice

3ème partie de : le collier de Jade


Il ne m’avait pas été difficile de sortir du collège sans me faire voir. J’avais attendu que les cours terminent et que tout le monde se rendent à la salle à manger. Personne ne remarquerait mon absence, car il m’arrivait souvent de manger seul dans ma chambre en continuant d’étudier mes leçons, attendant le cours d’astronomie qui se tenait beaucoup plus tard dans la nuit. J’avais revêtu ma cape de lin sur mes épaules et passé la capuche sur ma tête, car les soirées étaient fraîches à cette saison de l’année, et cela me permettrait de passer inaperçu dans les rues du quartier sud. Une demi-heure plus tard, j’arrivai enfin chez mon ami Briac. Je toquai et attendis qu’on vienne m’ouvrir. Ce fut Candice elle-même qui m'accueillit.

-Bonsoir Wallas. Comme tu as grandi !

Sa voix m’ensorcela et je ne sus bouger. Je devais avoir l’air idiot car elle se mit à rire et me remonta la mâchoire inférieure du bout de l’index. Une fois de plus, je me sentis rougir puis entra quand elle m’y invita. Je parvins à articuler des salutations convenables envers le reste de la famille et alla m’asseoir à la table que la mère de Briac avait dressée. Mais où était encore passé mon ami ?

-Briac arrivera bientôt. Il avait du travail en retard. M’annonça sa mère. Je crois qu’il a prit sur ses heures pour te faire parvenir le petit mot que tu as dû recevoir en fin de journée.

J’aimais beaucoup les parents de Briac et Candice. Killian, le courageux soldat, était un homme bon, généreux, un peu bourru parfois, mais pas méchant. Sa stature imposante m’avait toujours impressionné et il en jouait encore aujourd’hui à mes dépens, faisant éclater l’hilarité générale. Larya, la mère, était une femme rondelette aux joues rosies et à la voix douce. Sa longue chevelure bouclée était couleur de feu. Après Briac, il y avait encore quatre jeunes enfants, deux paires de jumeaux, tous plus turbulents les uns que les autres et je me demandais souvent comment une femme aussi douce que Larya parvenait à se faire respecter de tous ces marmots sans l’aide de personne. Enfin, je ne pus pousser ma réflexion plus loin, car au moment où Larya me débarrassait de ma cape, Briac rentra de sa tournée et embrassa sa sœur, qu’il n’avait semble-t-il pas vu depuis fort longtemps également. Ces deux-là s’étaient toujours très bien entendus. J’étais un peu jaloux de cette complicité, n’ayant moi-même aucun frère ni aucune sœur. Mais je savais que leur vie n’était pas facile.

Lorsque tout le monde fut prêt, nous passâmes à table et les discussions allèrent bon train alors que les plus jeunes gambadaient dans la maisonnée. Candice nous raconta sa nouvelle existence au palais en tant que Kaïd, elle nous narra quelques anecdotes plutôt cocasses sur son manque d’expérience dans le domaine de la politique et les bourdes qu’elle avait pu sortir devant le roi en personne. Le repas était succulent et je ne vis pas le temps passer. Peut-être aussi était-ce parce que je ne parvenais à détacher mon regard de la belle rousse qui mangeait en face de moi. Candice était encore plus belle que dans mon souvenir. Ses cheveux avaient encore poussé, son visage s’était affiné, et elle avait souligné ses yeux d’un trait noir qui lui donnait un air de grande dame. Elle avait accroché à son cou un splendide collier, fait d’une pierre de jade de petite taille. Je ne m’étais jamais senti aussi bien qu’en ce moment précis, entouré des gens que j’aimais et qui m’aimais, avec qui je pouvais être moi-même, sans devoir respecter l’étiquette, la bienséance ou je ne sais quoi. Hélas, la soirée devait mal terminer. Nous en étions au dessert lorsqu’on vint frapper sans ménagement à la porte d’entrée, nous faisant tous sursauter.

En chef de famille digne de ce nom, Killian se leva pour aller ouvrir. Deux soldats se tenaient dans l’encadrement de la porte et s’écartèrent lorsqu’une main blanche vint se poser sur l’épaule de l’un d’eux. Mon père apparut alors quand les soldats s’écartèrent. Sans un mot, Killian se retourna vers moi, un air de profonde désolation dans son regard bleuté. Je ne sus ce qui s’était passé que bien plus tard car la fureur m’ayant aveuglé, je ne me souvenais absolument pas de ce passage de ma vie. Mais voici ce qu’on m’a rapporté. J’avais le visage fermé, le regard dur. Je n’ai pas fais un geste, ni prononcer un mot en direction de mon père. Je me suis levé, je suis allé embrasser et saluer mes hôtes, les remercier de leur invitation et du succulent repas, puis je suis sorti sans même prendre ma cape avec moi. Ensuite, j’ai suivi mon père jusqu’au collège où on m’a enfermé dans ma chambre pendant plusieurs jours, sans un livre, sans un parchemin ni une plume pour écrire. Je me suis allongé sur mon lit les mains derrière ma tête et j’ai gardé les yeux rivés sur une tache de mon plafond, sans manger, ni dormir pendant trois jours entiers, ne me levant que pour aller soulager quelque besoin inévitable pour le corps humain. C’est au bout du troisième jour que j’ai soudain repris conscience du monde qui m’entourait et de la situation. C’est mon père lui-même qui le troisième jour est venu lever ma punition. Il ne comprendra jamais que cette punition fut bien inutile. Si c’était à refaire, je le ferai de nouveau exactement de la même façon, en désobéissant au collège et à mon père en toute connaissance de cause. Ma vie au collège continua malgré cet incident.

Une question continuait de torturer mon esprit cependant : d’où me venait cette intense fureur que j’avais ressentie ce soir-là et comment étais-je parvenu à garder mon sang-froid, tombant dans une sorte d’inconscience consciente ?

Meryma

"Ecrivaillonne" depuis plusieurs années, je laisse mon esprit vagabonder dans de multiples univers, entre fantasy, fantastiques et science-fiction. Sont postés ici des extraits, des nouvelles ou des premiers jets. Bon voyage :)

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