Brexit et environnement : quid des ambitions britanniques ?

Après l’enthousiasme collectif suscité par l’accord de Paris en décembre 2015, redorant l’image d’une communauté internationale bien souvent écornée, le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne voté à 52 % lors du référendum du 23 juin laisse un goût amer à ceux qui croient dur comme fer à l’action collective pour mettre les gouvernements européens devant leurs responsabilités en matière de défense de l’environnement. A l’échelle nationale comme internationale, les conséquences de cette sortie pourrait être à double tranchant : en montrant la voie à de nouvelles défections ou au contraire, en renforçant les efforts de la société civile pour faire entendre sa vision d’un monde meilleur.

L’ « alerte rouge » lancée par les écologistes britanniques

Peu évoquée par les médias, souvent mentionnée par les pro-Brexit comme un frein économique agissant à l’encontre de l’intérêt des agriculteurs britanniques, les engagements du Royaume-Uni en faveur d’une réduction de l’empreinte de ses activités économiques notamment par le biais de la signature de l’Accord de Paris interrogent dorénavant les observateurs de tous bords.

A ce titre, Craig Bennett, chef exécutif des Amis de la Terre, a fait part de l’état d’esprit des défenseurs du « out » en estimant que ce que les partisans de la protection de l’environnement nommaient le « red tape », à savoir la rigidité des règles européennes dans ce domaine, équivalait pour lui à l’essence même de cette noble cause.

La rigidité, voilà le maître mot de cette campagne aux accents néo-libéraux. Rigidité et imposition des politiques européennes qui auraient pourtant préservé l’environnement britannique, 70 % de la législation en la matière émanant des accords conclus au sein de l’Union selon Craig Bennett.

Une évolution majeure dont les bénéfices ont été totalement tus par certains fervents partisans de la sortie du Royaume-Uni durant la campagne à l’instar du ministre de l’Agriculture George Eustice ou de Lord Lawson, fondateur du thinktank Global Warming Policy Foundation reconnu pour son climato-scepticisme.

Le ministre de l’agriculture n’a d’ailleurs pas hésité à mettre en opposition agriculture et protection environnementale, deux secteurs pourtant intrinsèquement liés allant jusqu’à affirmer que les 2 milliards de livres versées à l’UE pourraient être ainsi alloués aux agriculteurs. Ce dernier s’est aussi exprimé sur le principe de précaution cher à l’Union européenne concernant l’emploi des pesticides, George Eustice plaidant pour l’instauration d’un système à l’américaine plus flexible en la matière. Suite à ces propos, le ministre de l’environnement britannique n’a pas manqué de rappeler que le Royaume-Uni devait la qualité de son eau, la plus sûre depuis 25 ans, à la présence du pays dans l’Union européenne.

Considérations internationales

Les inquiétudes suscitées par ce départ historique ne font pas que questionner l’avenir de l’accord de Paris, l’attention se porte aussi sur la volonté des Britanniques à poursuivre leurs efforts en matière de réductions d’émissions de gaz à effet de serre tel que le carbone.

Bien avant la tenue du référendum, vingt parlementaires appartenant au parti des conservateurs avaient mis en garde le premier Ministre David Cameroun sur les menaces pesant sur le Climate Change Act et le cinquième budget carbone. Apparaissant comme totalement indépendant des considérations européennes, ce plan ambitionnant de réduire de 57 % les émissions de carbone en dessous de leur niveau de 1990 pourrait voir sa mise en action remise en cause si les partisans du Brexit obtenaient la majorité au Parlement.

Bons élèves de la lutte pour un environnement préservé à l’échelle internationale, les Britanniques feront-ils des émules ? L’enthousiasme exprimé par les partis d’extrême-droites européens aux lendemains du référendum le laisse à penser tout autant que les propos toujours plus provocateurs du candidat républicain à l’investiture présidentielle américaine, Donald Trump, se félicitant de ce résultat. Un message fort pour celui qui s’est engagé à rejeter l’accord de Paris en cas de victoire.

Ces menaces ne tiennent cependant pas compte de la contingence de l’Histoire et de la pugnacité des Organisations Non Gouvernementales à imposer aux forces politiques en présence leur vision d’un monde où la protection de l’environnement prime comme le confirme John Sauven, directeur exécutif de Greenpeace UK : « La Grande-Bretagne n’est pas en train de quitter la communauté internationale et encore moins de quitter la planète ce que signifie que l’accord de Paris est aussi vital pour notre futur qu’il l’était hier. En effet, rester fidèle à nos promesses est plus important que jamais : nous nous apprêtons à négocier de nouveaux accords commerciaux et la dernière chose que nous pouvons nous permettre est de rompre nos engagements pris il y a à peine six mois. »

Pour aller plus loin, il semble peu probable que les pro-Brexit réussissent à convaincre les Britanniques que la sortie du Royaume-Uni préserve le pays du changement climatique, dont la résolution est internationale par nature.

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