Block 46 – Johana Gustawsson

« Block 46 » – Johana Gustawsson

Éditions Bragelonne

C’est Un nom que tu vas retenir.

Son roman, Block 46 est une tuerie, dans tous les sens que tu voudras bien donner à ce terme. Des cadavres, bien sûr. Plein.

Grave casse-gueule, parce qu’il y a des gamins. Pas simple de torturer et de faire mourir des gosses dans un roman. On touche au sacré.

Grave casse-gueule, parce qu’on visite Buchenwald, et pas en touriste. Pas simple de parler de ce qui s’est passé entre 1939 et 1945 sans passer par la case lacrymale. On touche au plus que sacré.

Les personnages sont parfaitement campés. Quand je dis parfaitement, ça veut dire que tu les voies vivre juste devant tes yeux. Que tu te prends à les aimer, à les considérer comme des proches, et à t’inquiéter pour eux…

J’ai adoré visiter la Suède avec Johana, ressentir le calme bienfaisant qui règne là-bas. Comme une envie de voyage qui s’est inscrite pendant la lecture. Une écriture d’une qualité rare. Cette capacité à passer du sacré au sordide, sans même que tu trébuches sur la marche…

Cette nana, elle a tout.

J’ai failli aimer le tueur.

Et là, c’est un coup de bluff terrible. Parce que la mère du tueur, elle est toujours sa mère, même après qu’il a assassiné 25 personnes. Elle aime toujours son fils, parce que c’est son fils. Moi, les tueurs en série, je les aime pas, habituellement.

L’autre piège dans lequel il fallait pas tomber, c’est celui du mélange des genres sans aucun lien. Elle est pas tombée dedans. Elle est forte. Très forte.

On est face à un roman qui nous parle de camps de concentration, et qui nous emmène dans le quotidien de l’assassin. Dans ses réflexions sur comment mieux faire ce geste, et parfois, une vague idée de ce qui l’a conduit juste là. Une vague idée, parce que les pistes s’échappent tout au long de ce roman. Quand t’es sûr de savoir, sûr d’avoir compris, Johana te met un coup de boule, et te dit, « Ben non, c’est pas ça du tout… »

L’homme est capable du meilleur. C’est un postulat.

Un autre postulat, c’est qu’il est capable du pire. On est en plein dans ce pire-là…

Je vous fais grâce du couplet sur la famille de Johana Gustawsson, et sur le chemin qui l’a conduite ici, sur ce clavier, pour nous raconter des histoires… Pas utile. Tu le liras sur la 4e de couv.

Il est possible que tu fermes un peu les yeux, à certains passages. Jamais d’hémoglobine gratuite, mais des descriptions plutôt précises sur les gestes du tueur. C’est là qu’on se rend compte que ce n’est pas un métier facile, tueur en série. Tu dois pas te louper, sinon tes crimes ne ressemblent à rien. Et l’art, c’est important…

Ne ferme pas les yeux à la lecture des passages sur Buchenwald. Ça semble inventé, mais c’est vrai. Ça a eu lieu. Il y a des types qui ont vraiment fait ça.

Un de ceux qui étaient là-bas, en regardant des hommes et un enfant se balancer avec une corde autour du cou, a désigné l’enfant quand on lui a demandé où était Dieu, et il a dit :

« Il est là… »


Nicolas Elie

J'écris, je lis, puis j'écris...

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