"Who the hell do you think you are"

Une langue danse dans mes oreilles. Un flot suave, acide et sucré me chatouille le marteau et l’enclume. Coulant à Mach 2 vers mon cerveau pendant que mon corps vole à l’horizontale dans un ver de métal, les mots d’Angèle bondissent et rebondissent.

« Sortir c’est pour les nuls ». Rester en soi, garder à l’intérieur, fermer les portes, claquer les rideaux, couper la lumière, se blottir contre rien pour ne rien ressentir. Et tout à la fois garder les yeux ouverts, les joues et les mains tendues, le cœur battant entre les dents serrées. « Tout est devenu flou ». Le rythme s’accélère. La fin approche. Il va falloir quitter cet univers où un auditeur financier joue avec ses maxillaires taillées pour une pub de rasoir mécanique.

Bye-bye la petite japonaise au teint de porcelaine qui dort sans lâcher son téléphone géant. Adieu la dame brune aux yeux brillants de malice. Une comédienne aux lèvres abimées d’avoir charmé tant d’âmes en déclamant des vers et en vidant d’autres.

Un adolescent croisé avec une perruche sautille d’impatience dans son jogging resserré aux mollets, lui donnant l’air d’une grue cendrée montée sur sneakers XXL pour ne pas perdre l’équilibre et laisser une empreinte (carbone si j’en juge par la tonne de plastique dont il est recouvert).

Le ver est arrêté. Le nez contre le quai bétonné de la Gare de l’Est. Les anciens naseaux fumants des locomotives ont laissé place à ceux des cadres cravatés. Les touristes crépitent de sourires immaculés. La comédienne vole quelques centimètres au-dessus de la foule, la démarche altière. À l’intérieur de son grand corps serré dans une cape noire, une petite fille saute dans les flaques en évitant les lignes entre les pavés.

Paris est belle le 11 avril 2019.

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