Alice de l’autre côté du miroir : un film entre féminisme, douce folie et voyage dans le temps

Hier sortait dans les salles Alice de l’autre côté du miroir, de James Bobin, suite du premier opus sorti en 2010. Une adaptation très libre du roman de Lewis Carroll qui met en scène la thématique vieille comme le monde du voyage dans le temps. ATTENTION SPOILER.

« Si tu connaissais le Temps aussi bien que moi, dit le Chapelier, tu ne parlerais pas de le perdre ». Une citation tirée des Aventures d’Alice au Pays des Merveilles, de Lewis Carrol, qui n’a jamais été aussi vraie puisque, en plus de rencontrer le Temps dans les nouvelles aventures d’Alice adaptées sur grands écrans, vous n’allez pas le perdre dans les salles de cinéma. Le pitch : Après son retour de Chine, après trois ans d’absence à voguer sur les flots, Alice rentre à Londres et constate que beaucoup de choses ont changé en sa défaveur : plus de boulot, quasiment plus de maison, et une ancienne connaissance qui lui met des bâtons dans les roues. Mais c’est sans compter sur Absolem, la chenille au narguilé devenu papillon, pour l’inciter à traverser un miroir et retrouver le Pays des Merveilles où son ami le Chapelier est en danger. Pour le sauver de l’inéluctabilité, la jeune ingénue va devoir se mettre le Temps à dos en lui volant la chronosphère, une machine à voyager dans le temps qui lui permettra de sauver le destin de son ami. Péripéties en tout genre, ancien ennemi et nouveaux amis, Alice va en voir de toutes les couleurs.

Et une chose est sûre : la petite ingénue du premier volet a pris en maturité et s’impose comme la représentante de la lutte féministe. La petite Alice revendique des droits comme celui de travailler, de s’émanciper dans un monde toujours plus machiste et réducteur en ce qui concerne la place de la femme dans la société victorienne. Une émancipation difficile au début, puisque tout lui empêche d’atteindre son but, mais c’est sans compter sur son petit tour dans le Pays des Merveilles pour remédier au problème. Et au milieu de tout ça, on retrouve la personnification du Temps, personnage interprété admirablement par Sacha Baron Cohen, qui est, comme l’est réellement notre notion humaine, un ami tout autant qu’un ennemi (tout dépend du point de vue). Le film ne souffre d’aucune longueur et propose une vision de l’altération du temps intéressante, tant concernant la notion humaine que sa personnification dans le long-métrage. Une dualité qui fait également échos à la dualité des mondes auxquels est confrontée Alice : celui dans lequel elle vit, dur et impitoyable, et celui dans lequel elle rêve (où hallucine, tout dépend également du point de vue), où l’impossible devient possible avec un peu de bonne volonté. Un bon divertissement accessible à tous, et qui émerveillera les plus petits comme les plus grands.

Alice de l’autre côté du miroir : un film entre féminisme, douce folie et voyage dans le temps

         Le temps, assez remonté au début du film, va peut-être pouvoir aider Alice

Et c’est peut-être le seul problème du film : son accessibilité, qui uniformise l’histoire au point d’en dénaturer grandement les aventures originales écrites par Lewis Carroll. Du roman de Charles Dodgson (son véritable nom), on ne retrouve que trop peu de chose : le titre, la scène où Alice passe à travers le miroir et où elle croise les pièces d’échec, Humpty Dumpty (l’œuf Gros Coco pour les lecteurs assidus des traductions de Jacques Papy) et l’idée du « voyage temporel », totalement différent de la version littéraire (elle voyage dans le temps avec une machine dans le film, alors que dans le roman seule la perception du temps est inversée), mais tout de même présent. On regrettera aussi peut-être le manque de profondeur du film, très linéaire, et qui pourtant propose de bonnes idées mais ne va pas au bout (le retour d’Alice dans le monde réel, se retrouvant dans un asile psychiatrique), mais également l’absence de vrais méchants (même la Reine Rouge devient gentille…). Un long-métrage qui enchante tout de même par ses décors à la Burton (il produit le film), et qui donne, quoi qu’il arrive, envie d’aller faire un tour au Pays des Merveilles.

Crédit Photo : Walt Disney Company

Laurent Pradal

journaliste multimédia en recherche d'emploi (radio, tv, presse écrite, web)... Écrivain à ses heures...

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