Alabama Shooting - John N. Turner

« Alabama Shooting » – John Turner

Éditions de l’aube – Noir

John Turner, je l’ai croisé à Annecy l’an dernier. On avait fait ensemble un concours de nouvelles. Chouette mec. Pas la grosse tête comme certains « zôteurs ».

Je vais nommer personne, pas la peine.

Donc John, pas le genre comme ça.

Son bouquin, c’est le deuxième. Il a déjà écrit « Amérithrax » en 2014 je crois. J’ai lu aussi qu’il avait dit : « Moi, je veux juste raconter des histoires. »

Ben John, il les raconte drôlement bien.

Déjà, il se met dans la peau d’une fille. « C’est pas aisé » comme m’a dit une copine. Et c’est vrai que pour un mec, écrire comme une nana, c’est pas simple.

Ben John, il y arrive bien.

T’as vu, presque 10 lignes pour te parler de rien… Je suis balèze.

Donc, le livre.

La base, c’est un fait divers. Une nana, prof d’université, qui vrille et fait un carton dans une salle de réunion. Elle a fait Harvard quand même, le genre de boîte qui fabrique des gens à peu près responsables.

Je croyais.

Elle, elle se souvient de rien. Tout l’accuse, l’arme, les témoins, mais elle se souvient pas.

T’oublies pas non plus que là, on parle d’une nana.

C’est rarissime.

D’habitude, ce genre de massacre, c’est plutôt un truc de mec. Ils sont assez coutumiers du fait.

La narratrice, Joan Travers, elle te raconte tout.

Son enfance et ses quelques jours en prison.

Turner alterne donc le présent et le passé.

C’est super bien fait.

Comment elle est arrivée juste là ?

Juste à la bordure de la ligne qui te fait basculer du côté des tueurs en série ?

Elle a décompensé ? Elle est psychotique, mais elle a vraiment bien caché son jeu ?

Je te dis pas.

Histoire d’un couple aussi.

Lui, il est pas très futé. Il est mou. Il a pas d’envergure. Pas le genre albatros quand il déplie ses ailes.

D’ailleurs, des ailes, il en a pas.

C’est pas simple de se contenter d’une relation qui n’est faite que de vides au milieu des riens. Quelques aller-retours dans un ventre qui le supporte. De quoi faire quatre gosses.

T’en connais aussi des couples comme ça ?

La force de ce roman, entre autres qualités, c’est de te faire aimer Joan. De ressentir pour elle la compassion liée à ce qu’elle te raconte. T’oublies même qu’elle a descendu des gens.

Mais Bon Dieu, qu’est-ce qui l’a amenée là ?

Alors tu tournes les pages. Les unes après les autres.

En tout cas, c’est ce que j’ai fait.

J’ai tourné les pages.

D’aucun ont dit que ce roman manquait d’émotions.

Je dis d’aucun, comme ça, je me fâche avec personne.

Ils ont tout faux.

Ils ont pigé que dalle.

L’émotion, elle est dans toutes les pages, au fur et à mesure que Joan se raconte et quelle tente de comprendre aussi les non-dits.

Les secrets de famille, encore…

Et puis tu piges aussi qu’être une gonzesse, parfois, dans certains pays vachement libres (tellement libres que tu peux acheter un flingue au carrefour market), ben c’est pas évident.

Je vais pas te faire un paragraphe sur la place faite aux femmes, mais merde, il y a un moment où il faut se poser des vraies questions.

J’ai remarqué aussi que si je ne lis pas le dernier chapitre, ni l’épilogue, le roman est toujours aussi bon.

En tout cas, il garde toute sa force.

C’est un signe.

Va chez ton libraire, mardi, et commande-le.

Tu regretteras pas.

http://www.leslivresdelie.com


Nicolas Elie

J'écris, je lis, puis j'écris...

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